Danse et musique dans les toiles imprimées

Danse et Musique dans les toiles imprimées

par Marie-Pierre Deguillaume
Date de publication : 1992

Ronde, farandole, contredanse, gavotte, musette… Autant de sorte de danses inspirée d’une réalité paysanne parfois très ancienne, puisqu’elles sont attestées dès le XIIe siècle. Exécutées à quatre, huit personnes ou plus, sur un air à deux ou trois temps, selon des figures parfois complexes prenant des noms évocateurs comme Jalousie et Cotillon, les danses populaires sont l’occasion pour les dessinateurs-graveurs d’animer les toiles historiées de saynètes joyeuses et festives. Ces scènes sont d’autant plus intéressantes qu’elles représentent un savoir musical éloigné de la pratique des instruments savants comme la harpe ou la mandoline, pour laquelle Marie-Antoinette s’était entichée. Ici, ce sont les tambourins et autres percussions, la vielle à roue, la cornemuse à bouche, la flûte et le violon qui permettent aux consommateurs de toiles imprimées « d’entendre » une musique rythmée, entrainant dans une folle danse le cortège d’une noce villageoise ou l’assemblée d’un bal masqué.  

En 1992, Marie-Pierre Deguillaume, conservatrice du Musée de la Toile de Jouy, présentait une exposition préparée avec l’aide du Musée de la Musique et le Musée national des arts et traditions populaires (aujourd’hui le MuCEM) pour raconter l’histoire de la danse et de la musique à travers les indiennes. La production de la Manufacture Oberkampf, mais aussi d’autres fabriques (Alsace, Normandie, Angleterre), étaient rassemblées pour offrir un large panel aux visiteurs. Désormais épuisé, le catalogue est mis en ligne sur le site du Musée afin que chacun puisse consulter le fruit de cette recherche fort intéressante à la croisée des arts décoratifs et de l’histoire culturelle du monde rural des XVIIIe et XIXe siècles.  

Instrument de loisirs, de culture et d’éducation par excellence, le nouveau Musée de la Toile de Jouy se devait d’être un lien d’exception, tant par l’agencement de ses collections permanentes, que par la renommée des expositions qui y sont organisées. 

En effet, toute création nouvelle, à l’instar de notre Musée, a besoin d’acquérir dès ses premières années une notoriété solide qui succède ou se superpose à l’enthousiasme du début. 

Ainsi les expositions et animations temporaires permettront non seulement de rendre accessibles au public, dans sa plus large acceptation, des collections jusqu’alors jalousement conservées dans les fonds du Musée, mais également de ne pas sacrifier la notion de musée-sanctuaire. 

Je crois alors que grâce à l’imagination de tous les passionnés de Toile de Jouy, le Musée qui a su trouver son rythme de croisière donnera envie à ceux qui l’ont visité d’y revenir et de s’en faire très amicalement les ambassadeurs. 

L’exposition “Danse et Musique dans les Toiles imprimées” marque donc une étape importante de par sa qualité esthétique incontestable, mais aussi parce qu’elle annonce les prémisses d’un mouvement plus ample dont elle est le fondement. 

Ce catalogue n’a pas pour ambition de dresser un panorama exhaustif de toutes les œuvres présentées à travers l’exposition ou de commenter méthodiquement les exigences de l’artiste aux prises avec les difficultés de son époque. 

Le parti pris choisi invite davantage le lecteur à se situer sur la palette des sentiments, qui s’étend du déchiffrage à l’émotion. “Il faut sentir et non savoir” disait Stendhal. 

Susciter un jugement, alerter le sentiment pour que naisse ce plaisir là, tel est le véritable dessein de cet ouvrage. 

Puissent tous les acteurs être ici vivement remerciés des efforts entrepris pour son aboutissement. 

Monique Le Saint