FIBRES AFRICAINES

Cet automne, le Musée de la Toile de Jouy présente sa nouvelle exposition « Fibres africaines » qui se tiendra du 1er octobre 2020 au 28 mars 2021 sous le commissariat de l’Espace Culturel Gacha, partenaire de la Fondation Jean-Félicien Gacha au Cameroun et d’Anne Grosfilley, anthropologue. Dédiée aux textiles africains, cette rétrospective met en lumière des pièces d’exception reflétant l’histoire du continent. Elle raconte la production des étoffes marquée par des savoir-faire précis, des matières originales et des motifs élaborés. Les visiteurs découvrent un artisanat d’une très grande richesse, dont le dynamisme reflète les dialogues entre cultures africaines et occidentales. L’exposition de 6 mois fait écho à la saison culturelle «Africa 2020».

« Fibres africaines » célèbre la créativité et la diversité des textiles africains. Rythmé par des pièces exceptionnelles, ce voyage invite à découvrir des œuvres d’un point de vue historique, économique et technique, dans une approche accessible à tous. Si certains tissus sont élaborés avec des matériaux précieux comme la soie ou la perle de verre, d’autres ont l’audace d’être de véritables pièces de luxe, pourtant conçus à partir de matériaux humbles. Tissus en raphia, écorces d’arbres, cotons colorés de teintures naturelles comme l’indigo peuvent être regardés comme de véritables œuvres d’art pour la virtuosité de leurs techniques de fabrication. Sublimées, ces étoffes sont souvent décorées de motifs variés à vocation symbolique. 

Leur valorisation dans la production contemporaine, en l’occurrence dans les créations de mode entre la fin du XXe siècle et la première décennie du XXIe siècle est un aspect important pour comprendre les changements d’usage de ces étoffes. Ces tenues viennent ponctuer chaque étape du parcours.  

L’exposition sensibilise le visiteur à un immense patrimoine et à l’urgence de le préserver. Elle questionne aussi les enjeux de filière pour perpétuer un artisanat faisant l’objet de savoir-faire transmis de génération en génération. 

LES PARTENAIRES

L’Espace Culturel Gacha, partenaire de la Fondation Jean-Félicien Gacha au Cameroun, révèle une partie de sa collection de manière inédite, sélectionnée par Danilo Lovisi, historien de l’art. Les créations de mode de sa présidente Madame Ly Dumas seront également présentées, notamment lors d’un défilé le 14 novembre 2020 dans le cadre de la Nuit Européenne des Musées.

Anne Grosfilley, anthropologue et auteure de plusieurs ouvrages de références apporte son expertise sur l’histoire des étoffes, des techniques et dévoile des pièces exceptionnelles de sa collection personnelle.

La scénographie est orchestrée par Hélène Dubreuil. Par son enfance passée en Afrique et son activité de décoratrice de films, elle transforme l’orangerie du musée pour restituer avec délicatesse l’ambiance des cours royales, la spiritualité des zones rurales, la particularité de certains ateliers de création et le foisonnement des capitales. Elle est assistée pour la conception graphique de Simon Philipot.

L’HISTOIRE 

Depuis plus d’un millénaire, les textiles d’Afrique répondent à un besoin utilitaire de se couvrir le corps, porteurs de signes et de sens. Cette approche inscrit l’homme dans la nature et le relie à ses ancêtres. Étoffes et habits sont alors des précieux supports de langages. 

Du Nord au Sud et d’Est en Ouest, la diversité des paysages textiles reflète la pluralité culturelle du continent. Cette richesse artisanale s’étend au fil des rencontres et crée des liens entre les différentes populations africaines mais aussi avec l’Europe, l’Asie, l’Amérique. A travers ces échanges, techniques de tissage, teinture et broderie sont transmises. Cette diversité traduit l’ingéniosité des artisans, le dynamisme de leur savoir-faire. 

Le textile est l’expression de l’homme au reste du monde ainsi dialoguent ntshak de République démocratique du Congo, bogolan du Mali et voiles marocains teints au henné. 

A partir d’un métier à tisser rudimentaire, chaque peuple a su élaborer un style propre, personnifier par des textures, des motifs et des couleurs variées. 

Indigo ou arc-en-ciel, nouage ou motif à la réserve accentuent l’appartenance à un territoire, une classe d’âge ou à un statut social. Alors que certains peuples sont restés attachés au bleu indigo, d’autres explorent sans limite le spectre des couleurs. Ndop de la royauté Bamiléké, boubous maliens et voiles de Mauritanie éblouissent le visiteur par le raffinement de leur décor et leur foisonnement chromatique.

Certaines techniques comme le perlage et la broderie renforcent ces statuts et apportent une dimension sacrée, ainsi en témoignent les tuniques Woodabé du Niger et les boubous Kotokoli du Togo. 

Malgré la place grandissante des étoffes industrielles sur les marchés, les créateurs de mode africains s’attachent à valoriser les techniques anciennes en utilisant des tissus traditionnels dans leur création. Ils nous invitent à une réflexion sur nos habitudes de consommation.