Salles d’évocation historique des XVIIIe et XIXe siècles

A partir de la rentrée, le Musée de la Toile de Jouy inaugure ses nouveaux espaces d’évocation historique des XVIIIe et XIXe siècles. Une plongée immersive au cœur de la production de la Manufacture Oberkampf (1760-1843) et de ses 30 000 motifs imprimés ! Cette promenade dans les intérieurs inspirés de la famille Oberkampf, une chambre, un bureau et un salon de musique, invite à découvrir l’utilisation des toiles imprimées dans l’ameublement. Pour ponctuer ce parcours de visite, un dispositif interactif numérique permet de s’approprier ce patrimoine textile d’envergure.

Portrait de Christophe-Philippe Oberkampf, 1818-1819, François Gérard © Musée de la Toile de Jouy

UN ENTREPRENEUR D’AVANT-GARDE

Christophe-Philippe Oberkampf (1732-1815), un indienneur d’origine germanique, fonde la manufacture de Jouy-en-Josas en 1760. Venu en France au moment de la levée de la prohibition de l’impression des étoffes, l’entrepreneur mène ses affaires avec talent et discernement. Sa production connaît un immense succès puisqu’elle répond à une forte demande de la part des bourgeois et des aristocrates, fascinés par les cotonnades d’Orient. A Jouy-en-Josas, l’impression de toiles pour l’ameublement et l’habillement est d’une qualité supérieure à toute autre manufacture, tant au niveau artistique que technique. Cette excellence s’appuie sur un puissant réseau : Oberkampf reçoit régulièrement dans son intimité des gens d’importance – hommes politiques, magistrats, banquiers, négociants et hommes d’affaires. Sa stratégie place la Manufacture au coeur des échanges commerciaux de son temps, qui devient en 1805 la troisième entreprise de France, employant 1300 ouvriers.

Sa trajectoire peu commune fait de ce simple ouvrier immigré, un des pionniers de l’industrie.

Tableau représentant la manufacture Oberkampf, 1807, peint par Jean-Baptiste Huet © Musée de la Toile de Jouy

LA MANUFACTURE ET SES MOTIFS IMPRIMES

Durant les années d’activité de la Manufacture (de 1760 à 1843), plus de 30 000 motifs seront imprimés. En puisant dans les répertoires décoratifs en vogue à chaque époque, les dessinateurs font preuve d’une force créative pour proposer une variété de toiles imprimées. Les motifs floraux sont particulièrement appréciés et déclinés en de nombreuses compositions : bonnes herbes, perses de Jouy, mignonettes…. Quant aux toiles à personnages, qui ont marqué l’imaginaire collectif, elles reflètent le goût pour les scènes historiques, littéraires ou d’actualité.

A la recherche de l’excellence, Christophe-Philippe Oberkampf s’entoure d’ouvriers expérimentés, mais aussi des techniques d’impression les plus performantes. L’arrivée de l’impression au cylindre permet d’imprimer 5 000 mètres de tissu par jour, représentant le travail moyen de 42 imprimeurs aux blocs. Ce nouveau procédé double la production de la Manufacture et enregistre en 1805, 40 000 km de toiles imprimées.

Les toiles choisies pour orner les salles d’évocation historique du Musée de la Toile de Jouy rendent compte de cette formidable aventure humaine, artistique et industrielle.

DES PIÈCES EN ENFILADE

L’aménagement intérieur des maisons bourgeoises évolue avec la multiplication de pièces plus petites à un usage bien déterminé. Les nouvelles salles récréent des pièces en enfilade mettant en scène l’art de vivre de la famille Oberkampf grâce aux collections du Musée et de dépôts du Mobilier National et du Musée du Louvre. Un environnement intime doté d’objets de l’époque, témoignant de la richesse de la production des Toiles de Jouy, servant de vitrine au monde extérieur.

Détail d'une passementerie d'un ciel de lit © MTDJ / Pauline PIROT

LA CHAMBRE DE MADAME OBERKAMPF

Cette chambre, remarquable par la diversité des motifs imprimés, s’inspire de celle des époux Oberkampf (Anne-Elisabeth Massieu 1756-1816 et Christophe-Philippe Oberkampf 1738-1815). Un espace intime marqué par la présence de portraits du couple peints par le Baron Gérard mais aussi de dessins réalisés par Julie Oberkampf représentant ses demi-soeurs, Laure et Émilie.

La pièce est meublée d’une psyché, d’une coiffeuse, d’un lit et d’une paire de fauteuils à la reine. Les garnitures ont pu être recréées grâce aux archives familiales. Anne-Elisabeth choisissait parmi les plus belles toiles imprimées de la manufacture pour confectionner ses intérieurs. La chambre confronte les styles, en mélangeant un motif indien à une décoration typiquement européenne. La tenture murale, dans une perse de Jouy, est inspirée des « fleurs étranges » de l’Inde. La parure et le ciel de lit quant à eux, sont confectionnés dans la toile « Roses chinées » imitant le dessin des soieries françaises, qui influencent l’industrie textile au XVIIIe siècle.

LE BUREAU DE CHRISTOPHE-PHILIPPE OBERKAMPF

Le bureau, pièce au centre des attentions, retrace le travail accompli par Christophe-Philippe Oberkampf. L’entrepreneur d’avant-garde y prend des décisions importantes quant à l’avenir de la Manufacture. Son solide réseau lui permet d’assurer des échanges commerciaux de qualité, assurant la prospérité économique de l’entreprise.

Toujours à la recherche d’innovations, Oberkampf porte une attention particulière au développement artistique et technique de sa production. Il fait notamment appel à Jean-Baptiste Huet, célèbre pour ses scènes pastorales reconnues dans le secteur textile. L’artiste dessine pour la manufacture une multitude de motifs et permet à Oberkampf de répondre aux modes de l’époque. Les murs du bureau sont ornés du motif Scènes Antiques, l’un des premiers dessins de style néo-classique composé par Huet pour la Manufacture de Jouy-en-Josas.

Comme en témoigne son esquisse préparatoire présentée dans cet espace, Louis-Léopold Boilly (1761-1845) peint un ensemble d’oeuvres consacrées à la sphère familiale et professionnelle de l’indienneur. Ces portraits, remarquables par leur nombre, leur format et leur qualité, font figure d’exceptions dans la carrière de Boilly. Nulle autre famille n’aura été autant représenté que la famille Oberkampf.

Salon de musique © MTDJ / Pauline PIROT

LE SALON DE MUSIQUE

La musique occupe une place particulière au sein de la famille Oberkampf. Des rendez-vous musicaux rythment leur vie privée comme publique. Des récitals sont donnés à la Manufacture lorsque des gens d’importance sont conviés. Dans ce salon, un piano-forte évoque cette ambiance conviviale, créant une relation de proximité et de confiance avec les partenaires de l’entreprise. Les rideaux et les sièges sont confectionnés dans des motifs géométriques appelés « éventails » ou motifs imbriqués. Fortement appréciées des clients, ces chinoiseries font partie des meilleures ventes de la Manufacture.

Cette salle, dotée d’un dispositif de projection numérique en mapping, permet de comprendre l’évolution artistique et technique des motifs produits au cours de cinq périodes définies : Louis XV, Louis XVI, période révolutionnaire, Ier Empire et période romantique. Selon leur utilisation dans l’ameublement ou l’habillement, les motifs sont projetés sur le mur, un fauteuil et une silhouette.

En outre, cet outil de médiation permet de composer sa propre Toile de Jouy à l’aide de motifs historiés et contemporains. Chaque toile sera mise en lumière dans cette salle où la création n’a aucune limite.

UNE SALLE D’ACCUEIL AU PUBLIC

Située au -1, une nouvelle salle de conférence élargie l’offre de médiation : conférences, séminaires, colloques, ateliers… Cet espace est disponible en location pour des privatisations, est doté de dispositifs numériques et accueille 34 places assises sur une surface de 52m2.

UN MUSÉE EN ÉVOLUTION

Le Musée de la Toile de Jouy a été créé en 1977 à Jouy-en-Josas, dans la ville d’origine de la Toile de Jouy afin de perpétuer l’oeuvre d’Oberkampf. Installé depuis 1991 au sein du Château de l’Églantine, le Musée conserve une multiplicité de motifs sous forme de toiles peintes, de dessins, d’empreintes préalables à l’impression.

Depuis 2010, la Mairie et l’Association des Amis du Musée de la Toile de Jouy se mobilisent pour enrichir les collections, valoriser les expositions et développer les partenariats pour faire de ce Musée un site culturel majeur du territoire yvelinois. En 2021, le Musée a suscité l’intérêt et l’engouement des visiteurs en accueillant, malgré la crise sanitaire plus de 10 000 visiteurs, l’ambition étant de développer prochainement un véritable centre d’activités culturelles, économiques, et touristiques autour de l’impression sur textile, dans le sillage de la Manufacture Oberkampf.